Voyage dans le Cantal du 3 au 5/10/2014

A la découverte de l'habitat rural : Xaintrie, bassin d'Aurillac, Châtaigneraie, Margeride

Après avoir été accueillis à Chaussenac par la délégation Maisons Paysannes du Cantal, nous avons commencé notre journée par la visite de l’église Saint Etienne à la décoration remarquable par son abondance et sa polychromie. Le maire, M. Jacques Klem, nous a expliqué que la restauration est notamment prise en charge par la municipalité et l’association Patrimoine de Chaussenac.
L’après-midi, nous nous sommes arrêtés devant la croix de Cussac (XIIe siècle), l’une des plus anciennes de Massif Central, puis nous avons visité des maisons aux toits de lauzes à l’architecture typique de la Xaintrie dont celle de M. Albert Charles, délégué MPF Cantal.
Dans ces maisons, la porte s’ouvre sur une grande pièce commune avec une vaste cheminée, le cantou à l’intérieur duquel se trouve un banc-coffre où l'on tenait le sel à l'abri de l'humidité; ce coffre servait aussi de siège aux personnes âgées. Au fond, la souillarde est un réduit voûté souligné d'une arcade en pierre, avec ses ustensiles en cuivre et sa large pierre plate pour faire la vaisselle.
Nous avons ensuite visité le bourg de Salers, un des Plus Beaux Villages de France, et poursuivi notre journée par la dégustation de fromages et d’apéritif à la gentiane et à la châtaigne dans les Burons de Salers.



Le lendemain, nous sommes partis à la découverte du bassin d’Aurillac où nous avons visité Messac, sur la commune de Crandelles, et le domaine de L’Hôpital.
Le bourg de Crandelles a fourni le noyau de la Compagnie de Chinchon, fondée au XVe siècle. Les membres qui en faisaient partie devaient être parents ou alliés, et l’on était admis dans la Société que sur l’approbation du conseil et du directeur
(lire en annexe).
L’après-midi, nous avons visité, à Ytrac, la maison et le jardin de François Duquaire.



Puis Robert Bioulac, couvreur aux Toitures d'Auvergne à Montsalvy-en-Châtaigneraie, nous a fait une démonstration de taille de lauzes.
Le dernier jour, nous sommes allés visiter le village de Bredons et ses habitations troglodytes utilisées comme caves, puis l'église prieurale (XIe siècle), dominant Murat.
Nous avons déjeuné à l’Auberge paysanne de la Bessaire-de-Lair avec, au menu, une potée auvergnate cuite dans la cheminée.
L’après-midi, nous avons visité à Loubaresse la ferme de Pierre Allègre, transformée en écomusée. 



Cette visite a été animée, pour une partie du groupe, par la conteuse Monique Fournier.

Puis nous nous sommes rendus à la ferme Torrette dite La Vieille Maison, un domaine classé « Monument Historique » datant des 17e et 18e siècles, constitué d’un ensemble complet de bâtiments représentatifs de l’architecture de la région de la Margeride.
Enfin, sur le trajet du retour, nous sommes arrêtés pour admirer le viaduc de Gabarit, l’une des plus belles réalisations de Gustave Eiffel.

Annexe :
LA COMPAGNIE DE CHINCHON 
Le bassin d'Aurillac a connu des migrations de populations dès les XVIIe et XVIIIe siècles, migrants qui tout en s'installant dans d'autres provinces ou à l'étranger, restaient en contact permanent avec leurs communes d'origine. C'est ainsi que des habitants de Crandelles et Meissac ont été membres de la « Compagnie de Chinchon », du nom d'une localité espagnole castillane proche de Madrid.
La Compagnie a compté 16 membres fondateurs qui ont parrainé de nouveaux entrants dispensés, du fait de ce parrainage, de tout apport de fonds.
Les aînés de famille restaient sur place, les membres partaient à l'âge de 16 ans, payés comme employés de la société à raison de 100 livres/an pendant 3 ans, rémunération portée jusqu'à 3000 livres à la fin. Les jeunes partaient au départ pour 6 ans, puis alternaient 2 ans en Espagne et 2 ans en France, ils avaient un tuteur sur place.
A Chinchon il leur était interdit d'épouser une Espagnole, sauf à être bannis et perdre leur mise de fonds. Le principe a souffert quelques exceptions comme Hippolyte Vermenouze. La Compagnie était assez endogame. Les femmes restaient au village et géraient les biens en l'absence des hommes, sous le contrôle d'un tuteur, ce qui a conduit à une certaine forme de matriarcat.
A leur retour, les membres de la Compagnie, du propriétaire à l'ouvrier, construisaient une « maison de Chinchon » dont les caractéristiques particulières étaient :
-un balcon de bois au 1er étage, sur le modèle espagnol, abrité sous l'avancée du toit, différent de ceux de la Châtaigneraie,
-les murs intérieurs habillés de lambris de bois,
-les maisons d'ouvriers ou de métayers, qui comportaient au départ un simple rez-de-chaussée, étaient ensuite surélevées.
La Compagnie a rencontré un grand succès dans le commerce des toiles puis des vins dans une Castille peu organisée, et même le prêt d'argent à des taux de 25 à 40 % , y compris au roi d'Espagne.
Elle a finalement été dissoute en 1790 par le roi au motif que ses membres « refusaient de s'intégrer dans la société espagnole ».
Côté français, les membres de la Compagnie cherchaient à échapper à l'imposition en utilisant des prête-noms pour acquérir des terres. En 1787, un contrôleur venu à Crandelles mentionne des « Espagnols », en fait des natifs s'exprimant en espagnol en sa présence.
D'autres compagnies ont été fondées une fois passées les difficultés liées à l'occupation française lors des guerres napoléoniennes en Espagne (saccage de locaux, assassinats). Cet essaimage a duré jusqu'en 1914. A la fin du XIXe siècle, les femmes accompagnaient leur mari : des tombes en témoignent au cimetière de Chinchon. 

Octobre 2014
C. Borgida