Hommage à Henriette Bouzon le 11/06/2008

Pierre Forissier, président de Maisons Paysannes du Rhône et du Nord-Isère, et Elisabeth de Griève, vice-présidente chargée du nord de ce département, m’ont demandé d’intervenir car je suis l’une des plus anciennes de l’association. Je le fais bien volontiers, mais je pense que tous ceux qui ont connu Henriette pourraient raconter des souvenirs merveilleux à son sujet, mieux que moi.

Au nom de tous les membres de Maisons Paysannes, je voudrais d’abord remercier Ferdinand Bouzon et toute sa famille de nous recevoir ici, à Panossas, dans cette maison familiale et son magnifique jardin dont Henriette parlait si souvent. Nous sommes très émus d’être là aujourd’hui et de pouvoir exprimer ce que notre association doit à Henriette.


Henriette a passé son enfance et sa jeunesse dans la Loire, puisque son père était ingénieur électricien dans les mines de Montrambert; elle a fait ses études au cours Paradis, bien connu des Stéphanois et où elle s’est faite de nombreuses amies. Mais c’est ici à Panossas qu’elle passait ses vacances. Après une formation artistique aux Beaux-Arts et auprès de professionnels de la décoration, elle s’installe à son compte comme maître d’œuvre, décoratrice à Lyon et à Panossas.


C’est en 1975 que les Maisons Paysannes de France viennent dans notre région pour présenter l’association. Henriette participe à cette rencontre et elle est tout de suite enthousiasmée. Pour elle, et je reprends ses termes « C’est une bouffée d’oxygène ! » C’est alors qu’avec M. Jasserand, elle crée Maisons Paysannes du Rhône et, avec Paul Grillet, celles de l’Isère. Elle en sera jusqu’à son décès l’une des chevilles ouvrières.


Elle passe beaucoup de temps à faire connaître l’association : présence assidue dans les salons où l’on peut avoir un stand : la foire de Lyon, infobatir, le festival de l’artisanat à Crémieu, le salon Primevère… pour n’en citer que quelques-uns. Elle a longtemps préparé les expositions : collage de photos, agencement des panneaux… Elle est souvent demandée pour donner des conférences ou organiser des formations sur l’architecture rurale : aux agricultrices de l’Isère par le biais des groupements féminins de vulgarisation ou à des étudiants, elle réalise des plaquettes, je pense à celle sur les lavoirs, ou encore à celle sur le circuit des belles maisons rurales de Montrottier. Les exemples sont infinis. Elle répond à la demande des propriétaires ou des collectivités locales pour donner des conseils, faire des plans, ou des croquis, les mettre en relation avec des artisans…


Mais je pense que ce qui nous a le plus marqués, c’est son regard sur le patrimoine bâti, sur ceux qui l’habitent et sur toute la nature environnante. Elle voit d’emblée ce qui est beau, ce qui est d’un pays, ce qu’il faut respecter parce que venant des générations qui nous ont précédés. Lorsqu’elle propose des changements, c’est toujours en harmonie avec l’environnement bâti ou naturel. Le croquis est là pour suggérer. Le patrimoine n’est cependant pas pour Henriette une fin en soi. Il doit être préservé ou restauré pour que les hommes s’y sentent bien, pour qu’ils puissent y vivre, y donner des fêtes… Je pense à la remise en état du moulin de Marsa pour que les fêtes de la noix puissent s’y dérouler.


Nous avons tous été marqués par sa gentillesse, par sa gaité, par son goût de la vie. Henriette, mieux que quiconque, a su nous montrer ce qu’est le véritable esprit de Maisons Paysannes.

Françoise Mathieu

Le Dauphiné Libéré, 11 juin 2008, p. 19