Discours de Jean-Paul Jasserand à AG 2015

Nous ne connaissions que le nom du fondateur de Maisons Paysannes du Rhône : Jean-Paul Jasserand. Nous ne l'avions jamais rencontré et nous ne savions pas ce qu'il était devenu. À l'occasion des 40 ans de Maisons Paysannes du Rhône et des 50 ans de Maisons Paysannes de France, nous avons entrepris une recherche et grâce à l'Araire (association de l'Ouest lyonnais), nous l'avons retrouvé ! Le 28 mars 2015, il  nous a fait la joie d'assister à l'AG de l'association à Messiny et a soufflé avec nous les bougies d'anniversaire. Au cours de la rencontre, il nous a livré les débuts de l'association :  

« Un matin de l'année 1975, quelqu'un est venu frapper à la porte de notre maison familiale. C'était l'époque où toute la population parlait du président Giscard d'Estaing qui se faisait inviter à la table des citoyens de base, et chacun s'attendait à le voir rappliquer.

Ce visiteur était bien un président, pas celui de la République, mais de la délégation de Maisons Paysannes de France pour le département de l'Oise : M. Bayard, Raymond de son prénom. Il allait de département en département, pour susciter la création de délégations. Nous avons parlé pendant une heure ou deux. J'hésitais beaucoup à me lancer dans cette aventure. Mais comme je rêvais de trouver une vieille ferme à restaurer, M. Bayard a su toucher une corde sensible. Il m'a remis quelques exemplaires de la revue nationale, a expliqué que chaque délégation rédigeait un bulletin de liaison, et qu'il n'y avait plus qu'à se lancer en croisant les doigts, et en s'inspirant des délégations existantes.

Un appel a été lancé dans la presse locale. Le premier à répondre a été Gérard Veyron-Lacroix, un jeune architecte de Caluire. Bientôt nous nous sommes retrouvés une dizaine, de différents horizons professionnels et nous nous sommes constitués en association 1901, avec le soutien de la délégation Rhône-Loire au tourisme et de la Renaissance du Vieux Lyon.

Notre premier bulletin de liaison (février 1976) mentionne quelques-unes de nos activités en 1975 : visites de fermes typiques de la haute vallée du Garon, sortie à Courzieu et repas à l'auberge rurale du village, intervention en faveur de la sauvegarde d'une vieille ferme à Brignais, rencontre avec René Fontaine, l'architecte conseil de Maisons Paysannes de France, dans sa résidence secondaire de Saône-et-Loire. Exemple à l'appui, M. Fontaine nous a fait comprendre qu'une « restauration bien menée doit rester invisible ». Cette année-là, nous avons aussi visité le bourg féodal de Riverie et mangé à l'auberge rurale de la Picoraille. Nous avons commencé à tenir des permanences d'accueil et de conseil dans le local de Rhône-Accueil, 5 place de la Baleine à Lyon : les conseillers se présentaient comme des bénévoles ayant des compétences en architecture. Nous nous réunissions dans les bureaux de l'architecte Lucien Mandon, place Bellecour. Le service conseil MPR a rédigé des articles sur l'entretien des vieux carreaux de terre cuite, par Henriette Bouzon, la technique du pisé, le traitement du bois, la protection des pierres calcaires pour les rendre non gélives.

Dans les années qui ont suivi, grâce à Mireille Thomas, professeur de géographie, nous nous sommes intéressés aux lavoirs. Nous avons mis en place des expositions dans des librairies et dans les fêtes et foires locales.

Une liasse de vieux papiers en désordre qui ont dormi pendant près de 40 ans dans une vieille grange, nous donne quelques indications sur les activités d'alors :
du 1er au 9 avril, nous avons animé le stand de la revue « Maisons et décor » à la foire de Lyon. C'était vraiment la foire, avec de longues files d'attente près des trois architectes qui donnaient des conseils gratuits.

En août 1978, nous avons participé à la fête d'été du village de Coise sur le thème des vieilles fermes du pays. Ce jour-là, nous avons fait la connaissance de Michel Laurent qui avait une résidence secondaire dans le pays.

Le 18 janvier 1979, Michel Laurent était élu président. Henriette Bouzon et M. Grillet de MPF Isère entraient au CA. J'appréciais de trouver un successeur en la personne d'un architecte retraité qui avait restauré l'abbaye de Sénanque. Par la suite, pour des raisons familiales, j'ai quitté la presse hebdomadaire pour entrer dans un quotidien à St Etienne. Le nouveau rythme de travail a quelque peu épuisé son bonhomme qui n’avait guère le loisir de penser à autre chose qu'à la rubrique des « chiens écrasés », entre autres.

Ce que je retiens de cette période, c'était la façon que nous avions de joindre l'utile à l'agréable, en proposant plusieurs fois par an des rencontres d'adhérents autour d'une des bonnes tables qui ne manquaient pas à Lyon et dans les environs. Cette bonne tradition ne s'est pas perdue et c'est tant mieux ! »